Matériaux biosourcés dans la construction : panorama des solutions

Face Ă  la transformation profonde de la construction, les matĂ©riaux biosourcĂ©s sont dĂ©sormais au centre d’un Ă©cosystĂšme en pleine mutation. À l’heure oĂč la rĂ©glementation environnementale, la transition Ă©cologique et la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique redessinent les contours de l’acte de bĂątir, l’utilisation de ressources vĂ©gĂ©tales, animales ou issues du vivant s’impose comme un basculement dĂ©cisif pour les mĂ©tropoles. Ce panorama met en perspective des donnĂ©es de terrain, les retours de chantiers pilotes et les innovations portĂ©es par des filiĂšres locales. S’Ă©loignant des discours prescriptifs, il plonge dans la rĂ©alitĂ© concrĂšte qui façonne aujourd’hui nos villes : dynamique du marchĂ©, freins techniques, arbitrages filiĂšre par filiĂšre, et percĂ©es rĂ©glementaires, du tableau de financement Ă  la formation de l’artisan.

En bref :

  • Le marchĂ© des matĂ©riaux biosourcĂ©s connaĂźt une croissance de +27% en France, Ă©largissant son champ des maisons individuelles aux bĂątiments collectifs et tertiaires.
  • Les rĂ©glementations comme la RE2020 et les labels environnementaux imposent de nouveaux standards et dĂ©fis pour les filiĂšres et mĂ©tiers de la construction.
  • BĂ©ton de chanvre, bois lamellĂ©-croisĂ©, isolants Ă  base d’algues, paille haute densitĂ©, mycĂ©lium structural : ces solutions s’illustrent sur les chantiers comme alternatives concrĂštes aux matĂ©riaux traditionnels.
  • IntĂ©grer les matĂ©riaux biosourcĂ©s exige une montĂ©e en compĂ©tence, une adaptation logistique et une gestion fine des certifications (RGE, Qualibat, FDES
)
  • Douze ans aprĂšs les premiers Ă©coquartiers-vitrine, l’intĂ©gration massive de ces matĂ©riaux reste conditionnĂ©e par la structuration des filiĂšres, les dispositifs d’aide et les efforts collectifs de formation.
  • Les collectivitĂ©s et maĂźtres d’ouvrage pionniers accĂ©lĂšrent la dynamique, offrant de solides rĂ©fĂ©rences pour faire du biosourcĂ© une norme industrielle et territoriale.

Sommaire

Panorama des matériaux biosourcés et innovations phares dans le bùtiment

Le dĂ©veloppement rapide de la construction biosourcĂ©e s’appuie sur une palette diversifiĂ©e de matĂ©riaux d’origine vĂ©gĂ©tale, fongique ou animale. Les acteurs de la construction, stimulĂ©s par la RE2020 et les plans nationaux pour la bioĂ©conomie, franchissent un cap dans l’intĂ©gration de ces solutions, qui vont bien au-delĂ  du bois « classique ». ObservĂ©e sur le terrain, l’offre biosourcĂ©e s’industrialise pour rĂ©pondre Ă  la demande croissante des marchĂ©s publics comme privĂ©s.

Parmi les filiĂšres les plus dynamiques, on trouve le bambou laminĂ©-croisĂ© (BLC), dont la rĂ©sistance mĂ©canique rivalise dĂ©sormais avec celle de l’acier. Les industries de l’isolation innovent Ă©galement avec des panneaux Ă  base d’algues, affichant un lambda de 0,037 W/m.K, et des enduits Ă  forte inertie Ă  base de terre crue et fibres locales. Exemple emblĂ©matique : Ă  Nantes, la massification des chantiers biosourcĂ©s s’est accompagnĂ©e de la crĂ©ation de centres de formation dĂ©diĂ©s, permettant aux artisans d’apprĂ©hender la pose de panneaux de paille haute densitĂ©, aujourd’hui validĂ©s pour des opĂ©rations REI 120 (rĂ©sistance au feu).

Les matĂ©riaux biosourcĂ©s ne se limitent pas Ă  l’isolation : le bĂ©ton de chanvre nouvelle gĂ©nĂ©ration offre une capacitĂ© de sĂ©questration de CO₂ supĂ©rieure Ă  120 kg par tonne et permet dĂ©sormais d’ériger des murs porteurs sur des immeubles de plusieurs Ă©tages, comme Ă  Lyon en 2025. Les panneaux structurels Ă  base de mycĂ©lium, testĂ©s en logements temporaires, illustrent la mutation vers des solutions cultivĂ©es, compostables, et potentiellement programmables en fin de vie. Enfin, les innovations en terre compressĂ©e, intĂ©grant capteurs domotiques, permettent une gestion Ă©nergĂ©tique fine tout en affichant un bilan carbone nĂ©gatif.

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Principaux matériaux biosourcés et usages sur le terrain

L’éventail dĂ©sormais accessible pour rĂ©pondre Ă  chaque usage principal de la construction s’est enrichi :

  • Bois lamellĂ©-croisĂ© et bambou : structures, portiques, planchers, surĂ©lĂ©vations.
  • BĂ©ton de chanvre : murs porteurs, cloisons, isolation, dalles, rĂ©novation de bĂąti ancien.
  • Paille haute densité : ossature, panneaux autoportants, murs non-porteurs de logements collectifs
  • Isolants Ă  base d’algues, laine de bois, ouate de cellulose : toitures, combles, plafonds, planchers, rĂ©duisant la facture Ă©nergĂ©tique (voir focus expertise).
  • MycĂ©lium structural : panneaux intĂ©rieurs modulaires, supports compostables pour structures temporaires.
  • Enduits biosourcĂ©s (chaux, argile, terre) : finitions, amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’air intĂ©rieur, gestion de l’hygromĂ©trie.

Cette diversitĂ© correspond aux besoins croissants de la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique urbaine, offrant une rĂ©ponse concrĂšte Ă  la pression rĂ©glementaire comme Ă  l’enjeu de confort des usagers. La performance thermique, particuliĂšrement sur le segment rĂ©sidentiel collectif et tertiaire, a permis en 2025 de rĂ©duire jusqu’à 30% la consommation d’énergie sur certains ensembles rĂ©habilitĂ©s en Île-de-France.

Exemples et données de chantiers pilotes

À Toulouse, la gĂ©nĂ©ralisation de l’isolation biosourcĂ©e via des chantiers “atelier” conduit Ă  une validation du DPE et Ă  des gains mesurĂ©s en Ă©tanchĂ©itĂ© Ă  l’air. À Lyon, un immeuble mixte bureaux-logements a franchi les seuils RE2020 en privilĂ©giant le bĂ©ton de chanvre porteur et des enduits terre, tandis que plusieurs Ă©coles publiques rĂ©novĂ©es en Bretagne s’appuient dĂ©sormais sur des cloisons en paille autoportante assorties d’un systĂšme de rĂ©cupĂ©ration de chaleur valorisant le local.

Sur le terrain, l’ambition est claire : combiner innovation, adaptation des pratiques professionnelles, et ancrage territorial en mobilisant les ressources, les mĂ©tiers et la logistique locale. Cela se traduit aussi par une exigence directe pour les donneurs d’ordre, qui doivent composer entre filiĂšres courtes et obligation de rĂ©sultat carbone.

Tableau de synthÚse des matériaux biosourcés couramment utilisés

Matériau Usage principal Atout clé Performance thermique
Bois lamellĂ©-croisĂ© Structure, plancher, façade RĂ©sistance, rapiditĂ© de pose λ ≈ 0,13 W/m.K
BĂ©ton de chanvre Murs porteurs, isolation SĂ©questration CO₂, faible densitĂ© λ ≈ 0,07 W/m.K
Paille haute densitĂ© Murs, ossature CoĂ»t bas, filiĂšre locale λ ≈ 0,045 W/m.K
Isolants algaux Panneaux toitures/murs Bilan environnemental trĂšs faible λ ≈ 0,037 W/m.K
MycĂ©lium structural Panneaux intĂ©rieurs Compostable, innovant λ ≈ 0,05 W/m.K

Cette montĂ©e en puissance des matĂ©riaux biosourcĂ©s s’accompagne d’une nĂ©cessaire adaptation des certifications, outils numĂ©riques, et process chantier, afin d’intĂ©grer la logique “biosourcĂ©e” Ă  chaque Ă©tape de la conception et de l’exĂ©cution. La prochaine section approfondira comment la rĂ©glementation environnementale et les labels stimulent ou freinent cette dynamique dans la rĂ©alitĂ© des opĂ©rations urbaines.

Normes, certifications et rĂ©glementation : L’impact de la RE2020 et des labels sur la filiĂšre biosourcĂ©e

La structuration du marchĂ© des matĂ©riaux biosourcĂ©s est intimement liĂ©e Ă  l’évolution du cadre rĂ©glementaire français et europĂ©en. Depuis l’entrĂ©e en vigueur de la RE2020, la question n’est plus simplement de choisir un matĂ©riau performant, mais d’anticiper chaque paramĂštre : analyse de cycle de vie, seuils carbone, qualitĂ© de l’air, performances Ă©nergĂ©tiques et sanitaires. Pour beaucoup de professionnels, la rĂ©glementation agit Ă  la fois comme un moteur et un filtre technique.

Le principal dĂ©fi rencontrĂ© en 2026 reste la superposition des textes : au-delĂ  de la RE2020, les diagnostics de performance Ă©nergĂ©tique (DPE), labels Habitat Durable, ou rĂ©fĂ©rentiels BBC exigent une dĂ©marche complĂšte, de la prĂ©-conception Ă  la rĂ©ception du chantier. Cela implique le dĂ©pouillement systĂ©matique des FDES (Fiches de DĂ©claration Environnementale et Sanitaire), la maitrise des logiciels d’analyse carbone, et la gestion active de la traçabilitĂ© des approvisionnements. Par exemple, un projet de rĂ©novation Ă  Toulouse ayant basculĂ© de la laine de verre au chanvre a nĂ©cessitĂ© la formation spĂ©cifique de l’entreprise, la validation du DPE aprĂšs test d’étanchĂ©itĂ© final, et une simulation de gain carbone validĂ©e in situ.

Le champ de la transition Ă©cologique appliquĂ©e aux villes exige donc une posture proactive : intĂ©grer les exigences rĂ©glementaires, anticiper la veille normative, et choisir systĂ©matiquement les matĂ©riaux disposant de certifications reconnues : RGE, Qualibat (avec modules biosourcĂ©s dĂ©diĂ©s), labels HQE, Effinergie+, ou encore BĂątiment BiosourcĂ©.

Process de certification : quelles Ă©tapes et enjeux ?

L’accĂšs aux marchĂ©s publics ou Ă  certains financements passe dĂ©sormais par la preuve de qualification : audits de compĂ©tences, justification de chantiers biosourcĂ©s antĂ©rieurs, modules de formation, parcours-maĂźtre d’ouvrage accompagnĂ©s par des organismes tiers comme l’ADEME ou le CNDB. La dĂ©marche varie suivant la complexitĂ© des projets : un chantier bois-paille demande la preuve de traçabilitĂ©, alors qu’un projet intĂ©grant du mycĂ©lium structurel nĂ©cessite le recours Ă  des FDES expĂ©rimentales, validĂ©es au cas par cas.

  • L’obtention du label RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) nĂ©cessite : expĂ©rience chantier, formation spĂ©cifique chanvre/paille/bois, dossier rĂ©guliĂšrement actualisĂ©.
  • Choisir le bon rĂ©fĂ©rentiel est essentiel pour Ă©viter les surcoĂ»ts : par exemple, l’intĂ©gration de BTC ou de matĂ©riaux algaux attend encore rĂ©fĂ©rentiels adaptĂ©s sur certains segments.
  • Pour chaque opĂ©ration, la coordination Ă©troite entre le bureau d’études, le chef de projet chantier et l’assureur reste le gage d’une certification fluide et d’une reconnaissance assurantielle indispensable.
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Reste que l’effort de qualification, loin d’ĂȘtre un frein, se transforme progressivement en avantage concurrentiel. Les Ă©quipes capables d’anticiper, de mutualiser la veille normative, et de saisir les modules de formation adaptĂ©s voient leur accĂšs aux appels d’offre, privĂ©s comme publics, grandement facilitĂ©. À chaque mutation de la rĂ©glementation, le dĂ©fi consiste Ă  convertir la pression administrative en levier d’excellence technique. La prochaine section dĂ©crypte comment cette dynamique rĂ©glementaire initie une montĂ©e en compĂ©tence et une Ă©volution des pratiques professionnelles sur le terrain.

Monter en compĂ©tence : formation, transmission et bonnes pratiques des matĂ©riaux biosourcĂ©s

L’adoption massive des matĂ©riaux biosourcĂ©s repose autant sur la formation professionnelle que sur le savoir-faire partagĂ© au quotidien. Depuis cinq ans, les centres de formation (CNDB, RFCP, ASIV
) multiplient les modules sur la pose, la traçabilitĂ©, la compatibilitĂ© technique des biosourcĂ©s. L’efficacitĂ© de ces parcours se vĂ©rifie dans les chantiers pilotes, oĂč la transmission s’opĂšre Ă  tous les niveaux : du chef de chantier Ă  l’apprenti, en passant par le bureau d’études et le gestionnaire de patrimoine bĂąti.

Sur un projet d’ossature bois-paille Ă  Nantes, chaque Ă©tape – de la manipulation Ă  la gestion des stocks, jusqu’à la rĂ©ception – fait l’objet de retours opĂ©rationnels. L’expĂ©rience montre que la formation accĂ©lĂšre la maĂźtrise des bons gestes : installer des panneaux de paille en limitant les ponts thermiques, anticiper la compatibilitĂ© avec l’ITE, gĂ©rer l’hygromĂ©trie pour Ă©viter les risques de condensation (focus prĂ©vention humiditĂ©). Les modules distanciels, comme les podcasts chantier ou vidĂ©os mĂ©tiers, gagnent Ă©galement en popularitĂ© pour ancrer ces compĂ©tences dans le quotidien des Ă©quipes.

Démarches pour garantir la montée en compétence

  • Opter pour des ateliers de formation in situ, rĂ©guliĂšrement couplĂ©s Ă  une validation chantier – par exemple lors de la construction d’un ensemble scolaire en terre crue en rĂ©gion lyonnaise.
  • S’appuyer sur l’auto-formation inter-Ă©quipes : Ă©change de bonnes pratiques lors des rĂ©unions de coordination de filiĂšre.
  • Participer Ă  une mini-communautĂ© mĂ©tier, souvent informelle, qui documente les cas particuliers du chantier, permettant de bĂątir une base d’expĂ©riences vivantes et rĂ©ellement exploitables.

La dynamique collective se constate sur les chantiers innovants, oĂč la capacitĂ© Ă  gĂ©rer l’imprĂ©vu – sĂ©chage, compatibilitĂ© logistique, spĂ©cificitĂ©s assurantielles – prime dĂ©sormais sur l’application stricte de prescriptions normatives, dĂ©passant le seul respect du code technique. En rĂ©sumĂ©, investir dans la formation n’est plus un poste de coĂ»t isolé : c’est un facteur clĂ© de rĂ©duction des litiges, de fluiditĂ© logistique, et de reconnaissance professionnelle auprĂšs des maĂźtres d’ouvrage exigeants.

La transition vers le biosourcĂ©, loin d’ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux “pionniers”, devient accessible Ă  chaque Ă©quipe du bĂątiment qui sait saisir les opportunitĂ©s de montĂ©e en compĂ©tence, mutualiser les retours d’expĂ©rience, et intĂ©grer progressivement les innovations du secteur. Une dĂ©marche de chantier, aujourd’hui partagĂ©e, qui ouvre la voie Ă  l’ancrage du biosourcĂ© comme nouvelle norme industrielle, polyvalente et territorialisĂ©e.

Pour affiner ses lectures sur l’efficacitĂ© de l’isolation par matĂ©riaux biosourcĂ©s, il est possible d’approfondir la question sur ce dossier spĂ©cialisĂ©.

Dynamique de marchĂ©, filiĂšres et innovation dans les matĂ©riaux biosourcĂ©s : Ă©tat des lieux 2025

Le marchĂ© des matĂ©riaux biosourcĂ©s pour la construction affiche en 2025 un dynamisme sans prĂ©cĂ©dent : plus de 27 % de croissance annuelle, une structuration accĂ©lĂ©rĂ©e des filiĂšres rĂ©gionales, et une pĂ©nĂ©tration sectorielle qui touche aussi bien le rĂ©sidentiel que le tertiaire et le secteur public. Les opĂ©rateurs historiques (Vicat, Strohtech, Pavatex) partagent dĂ©sormais le marchĂ© avec de nouveaux entrants axĂ©s sur la circularitĂ©, la biomimĂ©tique, ou l’intĂ©gration domotique. Cette Ă©mulation bĂ©nĂ©ficie d’un soutien public marqué : la StratĂ©gie nationale produits biosourcĂ©s mobilise 420 M€ pour le financement R&D et la modernisation industrielle.

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Les dynamiques d’innovation s’incarnent dans des chantiers emblĂ©matiques. À Paris et Lyon, des immeubles de bureaux et logements collectifs atteignent les seuils E+C- grĂące Ă  l’intĂ©gration de BTC augmentĂ©s (blocs terre compressĂ©e Ă  capteurs domotiques), tandis que le secteur Ă©ducatif expĂ©rimente la modularitĂ© de panneaux de mycĂ©lium, Ă  la fois porteurs et compostables. CĂŽtĂ© logistique, la massification de la demande conduit Ă  l’ouverture de nouvelles usines de transformation – ou comme en VendĂ©e, Ă  l’extension du site Cavac BiomatĂ©riaux, leader de la filiĂšre chanvre, pour absorber le doublement du volume sur trois ans.

Tableau comparatif : dynamique des filiĂšres biosourcĂ©es en France

Segment Croissance 2024-2025 Acteurs clés Innovation marquante
Isolation biosourcĂ©e +34 % Algoflex, RFCP, Pavatex Panneaux algaux lambda 0,037
Ossature bois/chanvre +29 % Vicat, Strohtech BĂ©ton chanvre 12MPa nouvelle gĂ©nĂ©ration
Bambou laminĂ©-croisĂ© +41 % Bamboo Construction Tech BLC porteurs plus 7 Ă©tages
PiĂšces structurelles mycĂ©lium +18 % MycoTech Poutres compostables et programmables

Si chaque segment progresse Ă  un rythme diffĂ©rent, un point commun fĂ©dĂšre la filiĂšre : la capacitĂ© Ă  s’appuyer sur des filiĂšres locales, rĂ©duire l’empreinte logistique, et ancrer la valeur ajoutĂ©e dans les territoires. Le volet innovation s’enrichit Ă  mesure que les retours d’expĂ©rience (chantiers publics, Ă©coles, opĂ©rations de rĂ©novation urbaine) font progresser les cahiers des charges et informent les choix des maĂźtres d’ouvrage. Une tendance dĂ©sormais partagĂ©e : la recherche de labels de performance et la valorisation dans le patrimoine des collectivitĂ©s et acteurs privĂ©s.

Cette logique de compĂ©titivitĂ© et de rĂ©silience pousse aussi Ă  repenser la gouvernance du secteur, Ă  mieux appuyer l’interprofession, et Ă  organiser une veille rĂ©glementaire stratĂ©gique. Dans cette perspective, l’évolution de la massification des matĂ©riaux biosourcĂ©s, associĂ©e Ă  la montĂ©e de la culture technique, Ă©claire le chemin vers une neutralitĂ© carbone ambitieuse (voir feuille de route).

DĂ©fis structurants et perspectives : coĂ»ts, filiĂšres d’approvisionnement, massification urbaine

Le dĂ©veloppement des matĂ©riaux biosourcĂ©s dans la construction se heurte encore Ă  plusieurs dĂ©fis de taille, qui font l’objet d’arbitrages constants sur le terrain. Le premier reste la structuration des filiĂšres d’approvisionnement, dont la rĂ©silience est cruciale pour soutenir la massification. Environ 60 % du bois mobilisable est prĂ©levĂ© annuellement dans les forĂȘts françaises, seuil jugĂ© soutenable mais sous-tension dans certaines rĂ©gions face Ă  la demande croissante des chantiers publics et privĂ©s. Le lin et le chanvre, eux, doivent composer avec une variabilitĂ© de production et une logistique spĂ©cifique (stockage, transport court, sĂ©chage).

Sur le volet du coĂ»t, les matĂ©riaux biosourcĂ©s demeurent en moyenne 10 Ă  20 % plus onĂ©reux Ă  l’achat que leurs Ă©quivalents minĂ©raux, en particulier sur les isolants ou le bĂ©ton de chanvre. Cependant, l’expĂ©rience montre que ce surcoĂ»t initial est largement compensĂ© Ă  moyen terme : Ă©conomies d’énergie (jusqu’à 30 % en chauffage/climatisation), qualitĂ© de l’air amĂ©liorĂ©e, et valorisation patrimoniale accrue pour les maĂźtres d’ouvrage certifiĂ©s (labels HQE, BBCA). Pour soutenir la transition, les dispositifs d’aide se multiplient : subventions plafonnĂ©es Ă  300 000 €, bonus carbone RE2020, plan de relance sur les coproduits agricoles, et prĂȘts bonifiĂ©s pour les rĂ©novations intĂ©grant 12 kg/mÂČ de biosourcĂ©s.

Perspectives d’intĂ©gration massive : politique, territoire et montage opĂ©rationnel

La massification Ă  grande Ă©chelle dĂ©pend dĂ©sormais d’une alliance des dynamiques locales et d’une gouvernance multi-acteurs. À Rosny-sous-Bois, l’intĂ©gration des biosourcĂ©s dans les bĂątiments publics a permis d’ancrer une filiĂšre locale de paille et de bois, tout en crĂ©ant des emplois non-dĂ©localisables. Les collectivitĂ©s qui s’engagent dans ces programmes transforment peu Ă  peu les Ă©coquartiers en laboratoires de la ville durable, tout en informant la rĂ©vision des rĂšglements d’urbanisme et des schĂ©mas directeurs.

Sur le terrain, la question centrale reste : comment garantir l’assurance et l’évolutivitĂ© des solutions employĂ©es, alors que certains matĂ©riaux (mycĂ©lium, algues) restent en phase d’expĂ©rimentation ? L’approche la plus payante demeure l’intĂ©gration progressive, via des opĂ©rations pilotes, la formation croisĂ©e, et l’adossement systĂ©matique Ă  des dispositifs d’accompagnement technique (ADEME, CNDB, rĂ©seaux BBCA). La meilleure preuve de rĂ©ussite : l’adoption par la filiĂšre du rĂ©flexe “veille technique partagĂ©e”, ancrant chaque opĂ©ration dans une dynamique de retour d’expĂ©rience vivant et prospectif.

Le fil conducteur : anticiper les mutations du secteur en se dotant de repĂšres fiables, capitaliser les retours de terrain, et ajuster la stratĂ©gie collective pour transformer la contrainte en opportunitĂ© de rĂ©silience Ă©conomique, sociale et Ă©cologique.

Quels sont les principaux obstacles Ă  l’intĂ©gration des matĂ©riaux biosourcĂ©s sur chantier ?

La complexitĂ© rĂ©glementaire, la nĂ©cessitĂ© de former les Ă©quipes, et l’absence de massification logistique sont les principaux obstacles. L’adoption passe par des chantiers pilotes, la formation pratique et l’accĂšs Ă  des filiĂšres locales solides.

Comment choisir la certification la plus adaptĂ©e pour valoriser une compĂ©tence biosourcĂ©e ?

Il convient de sĂ©lectionner le rĂ©fĂ©rentiel en fonction du matĂ©riau (RGE, Qualibat, FDES
) et du projet visĂ©, en s’appuyant sur les organismes de rĂ©fĂ©rence comme le CNDB, l’ADEME ou le RFCP. La qualification adaptĂ©e est un facteur clĂ© sur le marchĂ©.

Quel matĂ©riau biosourcĂ© privilĂ©gier pour l’isolation en rĂ©novation ?

Le chanvre, la paille ou la fibre de bois sont recommandĂ©s pour l’isolation des parois, car ils allient performance thermique, facilitĂ© de pose et compatibilitĂ© avec les exigences RE2020 sur l’existant.

Le biosourcé est-il pertinent pour les projets tertiaires et collectifs ?

Absolument. De nombreux retours d’expĂ©rience (bureaux, Ă©coles, logements collectifs) dĂ©montrent la performance des biosourcĂ©s, sous rĂ©serve de vĂ©rifier la conformitĂ© rĂ©glementaire et la compĂ©tence des Ă©quipes dĂšs la conception.

Comment dĂ©marrer concrĂštement la montĂ©e en compĂ©tence dans le secteur du biosourcé ?

L’idĂ©al est de suivre une formation pratique (prĂ©sentiel ou e-learning), de participer Ă  des chantiers pilotes, et de capitaliser chaque retour opĂ©rationnel pour accĂ©lĂ©rer l’acquisition des bons rĂ©flexes mĂ©tiers.

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