Face Ă la transformation profonde de la construction, les matĂ©riaux biosourcĂ©s sont dĂ©sormais au centre dâun Ă©cosystĂšme en pleine mutation. Ă lâheure oĂč la rĂ©glementation environnementale, la transition Ă©cologique et la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique redessinent les contours de lâacte de bĂątir, lâutilisation de ressources vĂ©gĂ©tales, animales ou issues du vivant sâimpose comme un basculement dĂ©cisif pour les mĂ©tropoles. Ce panorama met en perspective des donnĂ©es de terrain, les retours de chantiers pilotes et les innovations portĂ©es par des filiĂšres locales. S’Ă©loignant des discours prescriptifs, il plonge dans la rĂ©alitĂ© concrĂšte qui façonne aujourdâhui nos villesâŻ: dynamique du marchĂ©, freins techniques, arbitrages filiĂšre par filiĂšre, et percĂ©es rĂ©glementaires, du tableau de financement Ă la formation de lâartisan.
En bref :
- Le marché des matériaux biosourcés connaßt une croissance de +27% en France, élargissant son champ des maisons individuelles aux bùtiments collectifs et tertiaires.
- Les réglementations comme la RE2020 et les labels environnementaux imposent de nouveaux standards et défis pour les filiÚres et métiers de la construction.
- BĂ©ton de chanvre, bois lamellĂ©-croisĂ©, isolants Ă base dâalgues, paille haute densitĂ©, mycĂ©lium structuralâŻ: ces solutions sâillustrent sur les chantiers comme alternatives concrĂštes aux matĂ©riaux traditionnels.
- IntĂ©grer les matĂ©riaux biosourcĂ©s exige une montĂ©e en compĂ©tence, une adaptation logistique et une gestion fine des certifications (RGE, Qualibat, FDESâŠ)
- Douze ans aprĂšs les premiers Ă©coquartiers-vitrine, lâintĂ©gration massive de ces matĂ©riaux reste conditionnĂ©e par la structuration des filiĂšres, les dispositifs dâaide et les efforts collectifs de formation.
- Les collectivitĂ©s et maĂźtres dâouvrage pionniers accĂ©lĂšrent la dynamique, offrant de solides rĂ©fĂ©rences pour faire du biosourcĂ© une norme industrielle et territoriale.
Panorama des matériaux biosourcés et innovations phares dans le bùtiment
Le dĂ©veloppement rapide de la construction biosourcĂ©e sâappuie sur une palette diversifiĂ©e de matĂ©riaux dâorigine vĂ©gĂ©tale, fongique ou animale. Les acteurs de la construction, stimulĂ©s par la RE2020 et les plans nationaux pour la bioĂ©conomie, franchissent un cap dans lâintĂ©gration de ces solutions, qui vont bien au-delĂ du bois « classique ». ObservĂ©e sur le terrain, lâoffre biosourcĂ©e sâindustrialise pour rĂ©pondre Ă la demande croissante des marchĂ©s publics comme privĂ©s.
Parmi les filiĂšres les plus dynamiques, on trouve le bambou laminĂ©-croisĂ© (BLC), dont la rĂ©sistance mĂ©canique rivalise dĂ©sormais avec celle de lâacier. Les industries de lâisolation innovent Ă©galement avec des panneaux Ă base dâalgues, affichant un lambda de 0,037 W/m.K, et des enduits Ă forte inertie Ă base de terre crue et fibres locales. Exemple emblĂ©matiqueâŻ: Ă Nantes, la massification des chantiers biosourcĂ©s sâest accompagnĂ©e de la crĂ©ation de centres de formation dĂ©diĂ©s, permettant aux artisans dâapprĂ©hender la pose de panneaux de paille haute densitĂ©, aujourdâhui validĂ©s pour des opĂ©rations REI 120 (rĂ©sistance au feu).
Les matĂ©riaux biosourcĂ©s ne se limitent pas Ă lâisolationâŻ: le bĂ©ton de chanvre nouvelle gĂ©nĂ©ration offre une capacitĂ© de sĂ©questration de COâ supĂ©rieure Ă 120âŻkg par tonne et permet dĂ©sormais dâĂ©riger des murs porteurs sur des immeubles de plusieurs Ă©tages, comme Ă Lyon en 2025. Les panneaux structurels Ă base de mycĂ©lium, testĂ©s en logements temporaires, illustrent la mutation vers des solutions cultivĂ©es, compostables, et potentiellement programmables en fin de vie. Enfin, les innovations en terre compressĂ©e, intĂ©grant capteurs domotiques, permettent une gestion Ă©nergĂ©tique fine tout en affichant un bilan carbone nĂ©gatif.

Principaux matériaux biosourcés et usages sur le terrain
LâĂ©ventail dĂ©sormais accessible pour rĂ©pondre Ă chaque usage principal de la construction sâest enrichiâŻ:
- Bois lamellĂ©-croisĂ© et bambouâŻ: structures, portiques, planchers, surĂ©lĂ©vations.
- BĂ©ton de chanvreâŻ: murs porteurs, cloisons, isolation, dalles, rĂ©novation de bĂąti ancien.
- Paille haute densitĂ©âŻ: ossature, panneaux autoportants, murs non-porteurs de logements collectifs
- Isolants Ă base dâalgues, laine de bois, ouate de celluloseâŻ: toitures, combles, plafonds, planchers, rĂ©duisant la facture Ă©nergĂ©tique (voir focus expertise).
- MycĂ©lium structuralâŻ: panneaux intĂ©rieurs modulaires, supports compostables pour structures temporaires.
- Enduits biosourcĂ©s (chaux, argile, terre)âŻ: finitions, amĂ©lioration de la qualitĂ© de lâair intĂ©rieur, gestion de lâhygromĂ©trie.
Cette diversitĂ© correspond aux besoins croissants de la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique urbaine, offrant une rĂ©ponse concrĂšte Ă la pression rĂ©glementaire comme Ă lâenjeu de confort des usagers. La performance thermique, particuliĂšrement sur le segment rĂ©sidentiel collectif et tertiaire, a permis en 2025 de rĂ©duire jusquâĂ 30% la consommation dâĂ©nergie sur certains ensembles rĂ©habilitĂ©s en Ăle-de-France.
Exemples et données de chantiers pilotes
Ă Toulouse, la gĂ©nĂ©ralisation de lâisolation biosourcĂ©e via des chantiers âatelierâ conduit Ă une validation du DPE et Ă des gains mesurĂ©s en Ă©tanchĂ©itĂ© Ă lâair. Ă Lyon, un immeuble mixte bureaux-logements a franchi les seuils RE2020 en privilĂ©giant le bĂ©ton de chanvre porteur et des enduits terre, tandis que plusieurs Ă©coles publiques rĂ©novĂ©es en Bretagne sâappuient dĂ©sormais sur des cloisons en paille autoportante assorties dâun systĂšme de rĂ©cupĂ©ration de chaleur valorisant le local.
Sur le terrain, lâambition est claire : combiner innovation, adaptation des pratiques professionnelles, et ancrage territorial en mobilisant les ressources, les mĂ©tiers et la logistique locale. Cela se traduit aussi par une exigence directe pour les donneurs dâordre, qui doivent composer entre filiĂšres courtes et obligation de rĂ©sultat carbone.
Tableau de synthÚse des matériaux biosourcés couramment utilisés
| Matériau | Usage principal | Atout clé | Performance thermique |
|---|---|---|---|
| Bois lamellĂ©-croisĂ© | Structure, plancher, façade | RĂ©sistance, rapiditĂ© de pose | λ â 0,13 W/m.K |
| BĂ©ton de chanvre | Murs porteurs, isolation | SĂ©questration COâ, faible densitĂ© | λ â 0,07 W/m.K |
| Paille haute densitĂ© | Murs, ossature | CoĂ»t bas, filiĂšre locale | λ â 0,045 W/m.K |
| Isolants algaux | Panneaux toitures/murs | Bilan environnemental trĂšs faible | λ â 0,037 W/m.K |
| MycĂ©lium structural | Panneaux intĂ©rieurs | Compostable, innovant | λ â 0,05 W/m.K |
Cette montĂ©e en puissance des matĂ©riaux biosourcĂ©s sâaccompagne dâune nĂ©cessaire adaptation des certifications, outils numĂ©riques, et process chantier, afin dâintĂ©grer la logique âbiosourcĂ©eâ Ă chaque Ă©tape de la conception et de lâexĂ©cution. La prochaine section approfondira comment la rĂ©glementation environnementale et les labels stimulent ou freinent cette dynamique dans la rĂ©alitĂ© des opĂ©rations urbaines.
Normes, certifications et rĂ©glementation : Lâimpact de la RE2020 et des labels sur la filiĂšre biosourcĂ©e
La structuration du marchĂ© des matĂ©riaux biosourcĂ©s est intimement liĂ©e Ă lâĂ©volution du cadre rĂ©glementaire français et europĂ©en. Depuis lâentrĂ©e en vigueur de la RE2020, la question nâest plus simplement de choisir un matĂ©riau performant, mais dâanticiper chaque paramĂštreâŻ: analyse de cycle de vie, seuils carbone, qualitĂ© de lâair, performances Ă©nergĂ©tiques et sanitaires. Pour beaucoup de professionnels, la rĂ©glementation agit Ă la fois comme un moteur et un filtre technique.
Le principal dĂ©fi rencontrĂ© en 2026 reste la superposition des textesâŻ: au-delĂ de la RE2020, les diagnostics de performance Ă©nergĂ©tique (DPE), labels Habitat Durable, ou rĂ©fĂ©rentiels BBC exigent une dĂ©marche complĂšte, de la prĂ©-conception Ă la rĂ©ception du chantier. Cela implique le dĂ©pouillement systĂ©matique des FDES (Fiches de DĂ©claration Environnementale et Sanitaire), la maitrise des logiciels dâanalyse carbone, et la gestion active de la traçabilitĂ© des approvisionnements. Par exemple, un projet de rĂ©novation Ă Toulouse ayant basculĂ© de la laine de verre au chanvre a nĂ©cessitĂ© la formation spĂ©cifique de lâentreprise, la validation du DPE aprĂšs test dâĂ©tanchĂ©itĂ© final, et une simulation de gain carbone validĂ©e in situ.
Le champ de la transition Ă©cologique appliquĂ©e aux villes exige donc une posture proactiveâŻ: intĂ©grer les exigences rĂ©glementaires, anticiper la veille normative, et choisir systĂ©matiquement les matĂ©riaux disposant de certifications reconnuesâŻ: RGE, Qualibat (avec modules biosourcĂ©s dĂ©diĂ©s), labels HQE, Effinergie+, ou encore BĂątiment BiosourcĂ©.
Process de certificationâŻ: quelles Ă©tapes et enjeuxâŻ?
LâaccĂšs aux marchĂ©s publics ou Ă certains financements passe dĂ©sormais par la preuve de qualificationâŻ: audits de compĂ©tences, justification de chantiers biosourcĂ©s antĂ©rieurs, modules de formation, parcours-maĂźtre dâouvrage accompagnĂ©s par des organismes tiers comme lâADEME ou le CNDB. La dĂ©marche varie suivant la complexitĂ© des projetsâŻ: un chantier bois-paille demande la preuve de traçabilitĂ©, alors quâun projet intĂ©grant du mycĂ©lium structurel nĂ©cessite le recours Ă des FDES expĂ©rimentales, validĂ©es au cas par cas.
- Lâobtention du label RGE (Reconnu Garant de lâEnvironnement) nĂ©cessiteâŻ: expĂ©rience chantier, formation spĂ©cifique chanvre/paille/bois, dossier rĂ©guliĂšrement actualisĂ©.
- Choisir le bon rĂ©fĂ©rentiel est essentiel pour Ă©viter les surcoĂ»ts : par exemple, lâintĂ©gration de BTC ou de matĂ©riaux algaux attend encore rĂ©fĂ©rentiels adaptĂ©s sur certains segments.
- Pour chaque opĂ©ration, la coordination Ă©troite entre le bureau dâĂ©tudes, le chef de projet chantier et lâassureur reste le gage dâune certification fluide et dâune reconnaissance assurantielle indispensable.
Reste que lâeffort de qualification, loin dâĂȘtre un frein, se transforme progressivement en avantage concurrentiel. Les Ă©quipes capables dâanticiper, de mutualiser la veille normative, et de saisir les modules de formation adaptĂ©s voient leur accĂšs aux appels dâoffre, privĂ©s comme publics, grandement facilitĂ©. Ă chaque mutation de la rĂ©glementation, le dĂ©fi consiste Ă convertir la pression administrative en levier dâexcellence technique. La prochaine section dĂ©crypte comment cette dynamique rĂ©glementaire initie une montĂ©e en compĂ©tence et une Ă©volution des pratiques professionnelles sur le terrain.
Monter en compĂ©tenceâŻ: formation, transmission et bonnes pratiques des matĂ©riaux biosourcĂ©s
Lâadoption massive des matĂ©riaux biosourcĂ©s repose autant sur la formation professionnelle que sur le savoir-faire partagĂ© au quotidien. Depuis cinq ans, les centres de formation (CNDB, RFCP, ASIVâŠ) multiplient les modules sur la pose, la traçabilitĂ©, la compatibilitĂ© technique des biosourcĂ©s. LâefficacitĂ© de ces parcours se vĂ©rifie dans les chantiers pilotes, oĂč la transmission sâopĂšre Ă tous les niveauxâŻ: du chef de chantier Ă lâapprenti, en passant par le bureau dâĂ©tudes et le gestionnaire de patrimoine bĂąti.
Sur un projet dâossature bois-paille Ă Nantes, chaque Ă©tape â de la manipulation Ă la gestion des stocks, jusquâĂ la rĂ©ception â fait lâobjet de retours opĂ©rationnels. LâexpĂ©rience montre que la formation accĂ©lĂšre la maĂźtrise des bons gestesâŻ: installer des panneaux de paille en limitant les ponts thermiques, anticiper la compatibilitĂ© avec lâITE, gĂ©rer lâhygromĂ©trie pour Ă©viter les risques de condensation (focus prĂ©vention humiditĂ©). Les modules distanciels, comme les podcasts chantier ou vidĂ©os mĂ©tiers, gagnent Ă©galement en popularitĂ© pour ancrer ces compĂ©tences dans le quotidien des Ă©quipes.
Démarches pour garantir la montée en compétence
- Opter pour des ateliers de formation in situ, rĂ©guliĂšrement couplĂ©s Ă une validation chantier â par exemple lors de la construction dâun ensemble scolaire en terre crue en rĂ©gion lyonnaise.
- Sâappuyer sur lâauto-formation inter-Ă©quipesâŻ: Ă©change de bonnes pratiques lors des rĂ©unions de coordination de filiĂšre.
- Participer Ă une mini-communautĂ© mĂ©tier, souvent informelle, qui documente les cas particuliers du chantier, permettant de bĂątir une base dâexpĂ©riences vivantes et rĂ©ellement exploitables.
La dynamique collective se constate sur les chantiers innovants, oĂč la capacitĂ© Ă gĂ©rer lâimprĂ©vu â sĂ©chage, compatibilitĂ© logistique, spĂ©cificitĂ©s assurantielles â prime dĂ©sormais sur lâapplication stricte de prescriptions normatives, dĂ©passant le seul respect du code technique. En rĂ©sumĂ©, investir dans la formation nâest plus un poste de coĂ»t isolĂ©âŻ: câest un facteur clĂ© de rĂ©duction des litiges, de fluiditĂ© logistique, et de reconnaissance professionnelle auprĂšs des maĂźtres dâouvrage exigeants.
La transition vers le biosourcĂ©, loin dâĂȘtre rĂ©servĂ©e aux âpionniersâ, devient accessible Ă chaque Ă©quipe du bĂątiment qui sait saisir les opportunitĂ©s de montĂ©e en compĂ©tence, mutualiser les retours dâexpĂ©rience, et intĂ©grer progressivement les innovations du secteur. Une dĂ©marche de chantier, aujourdâhui partagĂ©e, qui ouvre la voie Ă lâancrage du biosourcĂ© comme nouvelle norme industrielle, polyvalente et territorialisĂ©e.
Pour affiner ses lectures sur lâefficacitĂ© de lâisolation par matĂ©riaux biosourcĂ©s, il est possible d’approfondir la question sur ce dossier spĂ©cialisĂ©.
Dynamique de marchĂ©, filiĂšres et innovation dans les matĂ©riaux biosourcĂ©sâŻ: Ă©tat des lieux 2025
Le marchĂ© des matĂ©riaux biosourcĂ©s pour la construction affiche en 2025 un dynamisme sans prĂ©cĂ©dentâŻ: plus de 27âŻ% de croissance annuelle, une structuration accĂ©lĂ©rĂ©e des filiĂšres rĂ©gionales, et une pĂ©nĂ©tration sectorielle qui touche aussi bien le rĂ©sidentiel que le tertiaire et le secteur public. Les opĂ©rateurs historiques (Vicat, Strohtech, Pavatex) partagent dĂ©sormais le marchĂ© avec de nouveaux entrants axĂ©s sur la circularitĂ©, la biomimĂ©tique, ou lâintĂ©gration domotique. Cette Ă©mulation bĂ©nĂ©ficie dâun soutien public marquĂ©âŻ: la StratĂ©gie nationale produits biosourcĂ©s mobilise 420âŻM⏠pour le financement R&D et la modernisation industrielle.
Les dynamiques dâinnovation sâincarnent dans des chantiers emblĂ©matiques. Ă Paris et Lyon, des immeubles de bureaux et logements collectifs atteignent les seuils E+C- grĂące Ă lâintĂ©gration de BTC augmentĂ©s (blocs terre compressĂ©e Ă capteurs domotiques), tandis que le secteur Ă©ducatif expĂ©rimente la modularitĂ© de panneaux de mycĂ©lium, Ă la fois porteurs et compostables. CĂŽtĂ© logistique, la massification de la demande conduit Ă lâouverture de nouvelles usines de transformation â ou comme en VendĂ©e, Ă lâextension du site Cavac BiomatĂ©riaux, leader de la filiĂšre chanvre, pour absorber le doublement du volume sur trois ans.
Tableau comparatifâŻ: dynamique des filiĂšres biosourcĂ©es en France
| Segment | Croissance 2024-2025 | Acteurs clés | Innovation marquante |
|---|---|---|---|
| Isolation biosourcĂ©e | +34âŻ% | Algoflex, RFCP, Pavatex | Panneaux algaux lambda 0,037 |
| Ossature bois/chanvre | +29âŻ% | Vicat, Strohtech | BĂ©ton chanvre 12MPa nouvelle gĂ©nĂ©ration |
| Bambou laminĂ©-croisĂ© | +41âŻ% | Bamboo Construction Tech | BLC porteurs plus 7 Ă©tages |
| PiĂšces structurelles mycĂ©lium | +18âŻ% | MycoTech | Poutres compostables et programmables |
Si chaque segment progresse Ă un rythme diffĂ©rent, un point commun fĂ©dĂšre la filiĂšre : la capacitĂ© Ă sâappuyer sur des filiĂšres locales, rĂ©duire lâempreinte logistique, et ancrer la valeur ajoutĂ©e dans les territoires. Le volet innovation sâenrichit Ă mesure que les retours dâexpĂ©rience (chantiers publics, Ă©coles, opĂ©rations de rĂ©novation urbaine) font progresser les cahiers des charges et informent les choix des maĂźtres dâouvrage. Une tendance dĂ©sormais partagĂ©eâŻ: la recherche de labels de performance et la valorisation dans le patrimoine des collectivitĂ©s et acteurs privĂ©s.
Cette logique de compĂ©titivitĂ© et de rĂ©silience pousse aussi Ă repenser la gouvernance du secteur, Ă mieux appuyer lâinterprofession, et Ă organiser une veille rĂ©glementaire stratĂ©gique. Dans cette perspective, lâĂ©volution de la massification des matĂ©riaux biosourcĂ©s, associĂ©e Ă la montĂ©e de la culture technique, Ă©claire le chemin vers une neutralitĂ© carbone ambitieuse (voir feuille de route).
DĂ©fis structurants et perspectivesâŻ: coĂ»ts, filiĂšres dâapprovisionnement, massification urbaine
Le dĂ©veloppement des matĂ©riaux biosourcĂ©s dans la construction se heurte encore Ă plusieurs dĂ©fis de taille, qui font lâobjet dâarbitrages constants sur le terrain. Le premier reste la structuration des filiĂšres dâapprovisionnement, dont la rĂ©silience est cruciale pour soutenir la massification. Environ 60âŻ% du bois mobilisable est prĂ©levĂ© annuellement dans les forĂȘts françaises, seuil jugĂ© soutenable mais sous-tension dans certaines rĂ©gions face Ă la demande croissante des chantiers publics et privĂ©s. Le lin et le chanvre, eux, doivent composer avec une variabilitĂ© de production et une logistique spĂ©cifique (stockage, transport court, sĂ©chage).
Sur le volet du coĂ»t, les matĂ©riaux biosourcĂ©s demeurent en moyenne 10 Ă 20âŻ% plus onĂ©reux Ă lâachat que leurs Ă©quivalents minĂ©raux, en particulier sur les isolants ou le bĂ©ton de chanvre. Cependant, lâexpĂ©rience montre que ce surcoĂ»t initial est largement compensĂ© Ă moyen termeâŻ: Ă©conomies dâĂ©nergie (jusquâĂ 30âŻ% en chauffage/climatisation), qualitĂ© de lâair amĂ©liorĂ©e, et valorisation patrimoniale accrue pour les maĂźtres dâouvrage certifiĂ©s (labels HQE, BBCA). Pour soutenir la transition, les dispositifs dâaide se multiplientâŻ: subventions plafonnĂ©es Ă 300âŻ000âŻâŹ, bonus carbone RE2020, plan de relance sur les coproduits agricoles, et prĂȘts bonifiĂ©s pour les rĂ©novations intĂ©grant 12âŻkg/mÂČ de biosourcĂ©s.
Perspectives dâintĂ©gration massiveâŻ: politique, territoire et montage opĂ©rationnel
La massification Ă grande Ă©chelle dĂ©pend dĂ©sormais dâune alliance des dynamiques locales et dâune gouvernance multi-acteurs. Ă Rosny-sous-Bois, lâintĂ©gration des biosourcĂ©s dans les bĂątiments publics a permis dâancrer une filiĂšre locale de paille et de bois, tout en crĂ©ant des emplois non-dĂ©localisables. Les collectivitĂ©s qui sâengagent dans ces programmes transforment peu Ă peu les Ă©coquartiers en laboratoires de la ville durable, tout en informant la rĂ©vision des rĂšglements dâurbanisme et des schĂ©mas directeurs.
Sur le terrain, la question centrale resteâŻ: comment garantir lâassurance et lâĂ©volutivitĂ© des solutions employĂ©es, alors que certains matĂ©riaux (mycĂ©lium, algues) restent en phase dâexpĂ©rimentationâŻ? Lâapproche la plus payante demeure lâintĂ©gration progressive, via des opĂ©rations pilotes, la formation croisĂ©e, et lâadossement systĂ©matique Ă des dispositifs dâaccompagnement technique (ADEME, CNDB, rĂ©seaux BBCA). La meilleure preuve de rĂ©ussiteâŻ: lâadoption par la filiĂšre du rĂ©flexe âveille technique partagĂ©eâ, ancrant chaque opĂ©ration dans une dynamique de retour dâexpĂ©rience vivant et prospectif.
Le fil conducteurâŻ: anticiper les mutations du secteur en se dotant de repĂšres fiables, capitaliser les retours de terrain, et ajuster la stratĂ©gie collective pour transformer la contrainte en opportunitĂ© de rĂ©silience Ă©conomique, sociale et Ă©cologique.
Quels sont les principaux obstacles Ă lâintĂ©gration des matĂ©riaux biosourcĂ©s sur chantierâŻ?
La complexitĂ© rĂ©glementaire, la nĂ©cessitĂ© de former les Ă©quipes, et lâabsence de massification logistique sont les principaux obstacles. Lâadoption passe par des chantiers pilotes, la formation pratique et lâaccĂšs Ă des filiĂšres locales solides.
Comment choisir la certification la plus adaptée pour valoriser une compétence biosourcée�
Il convient de sĂ©lectionner le rĂ©fĂ©rentiel en fonction du matĂ©riau (RGE, Qualibat, FDESâŠ) et du projet visĂ©, en sâappuyant sur les organismes de rĂ©fĂ©rence comme le CNDB, lâADEME ou le RFCP. La qualification adaptĂ©e est un facteur clĂ© sur le marchĂ©.
Quel matĂ©riau biosourcĂ© privilĂ©gier pour lâisolation en rĂ©novationâŻ?
Le chanvre, la paille ou la fibre de bois sont recommandĂ©s pour lâisolation des parois, car ils allient performance thermique, facilitĂ© de pose et compatibilitĂ© avec les exigences RE2020 sur lâexistant.
Le biosourcé est-il pertinent pour les projets tertiaires et collectifs ?
Absolument. De nombreux retours dâexpĂ©rience (bureaux, Ă©coles, logements collectifs) dĂ©montrent la performance des biosourcĂ©s, sous rĂ©serve de vĂ©rifier la conformitĂ© rĂ©glementaire et la compĂ©tence des Ă©quipes dĂšs la conception.
Comment démarrer concrÚtement la montée en compétence dans le secteur du biosourcé�
LâidĂ©al est de suivre une formation pratique (prĂ©sentiel ou e-learning), de participer Ă des chantiers pilotes, et de capitaliser chaque retour opĂ©rationnel pour accĂ©lĂ©rer lâacquisition des bons rĂ©flexes mĂ©tiers.

